« Je veux m’occuper d’elle jusqu’au bout ».
Georgette va mal.
Elle ne mange presque plus, même les desserts que nous lui apportons, même les boissons sucrées que nous stockons dans le petit réfrigérateur que nous avons mis dans sa chambre…
Elle n’a plus que les os sur la peau et son état général se dégrade de jour en jour.
Depuis une semaine environ, elle garde le lit, incapable de tenir sur le fauteuil roulant.
Elle nous reconnaît parfois mais nous confond aussi avec le personnel ou le médecin…
Georgette n’est plus que l’ombre d’elle-même et cela est difficile pour nous de la voir diminuer ainsi…
Mais nous continuons à venir la voir chaque soir et nous essayons de la faire un peu manger.
Nous nous attendons à une fin proche.
Cet après-midi-là, l’infirmière de service nous téléphone :
« Si vous pouvez venir rapidement, je pense que c’est la fin ».
Nous arrivons dans l’après-midi et nous restons auprès d’elle jusqu’au bout : alors que nous allons nous organiser pour nous relayer la nuit, Georgette s’éteint : j’ai toujours pensé qu’elle n’avait pas voulu nous faire passer la nuit…
Comme un clin d’œil au destin, les deux aides-soignantes que Georgette aime le plus sont de service ce soir-là : dès qu’elles ont cinq minutes, elles passent dans la chambre nous demander comment nous allons, passer un gant d’eau froide sur le visage, remonter l’oreiller, et nous donner quelques conseils…
Georgette vient de s’éteindre : mon mari descend le signaler.
Je réfléchis qu’il est maintenant l’heure de la relève, les deux aides-soignantes ont dû partir et celle de nuit va venir dans la chambre.
Mais ma surprise est grande : c’est l’aide-soignante la plus proche de Georgette qui revient :
« J’étais encore là et je veux finir mon accompagnement jusqu’au bout »,
dit-elle en voyant ma surprise.
« Je veux la laver et l’habiller ».
Elle s’approche d’elle, lui donne une bise sur le front, et commence son travail.
Nous la remercions chaleureusement… Quant à l’infirmière qui nous a téléphoné dans l’après-midi et qui travaillait jusqu’au soir, nous ne l’avons jamais vue…