Devant nos courriels qui manifestement posaient problème, face à nos remarques qui se voulaient constructives mais qui étaient vécues comme négatives et critiques, je pose ma candidature au CVS de l’EHPAD.
La réponse à ma candidature se fait attendre, mais finalement, au bout de plusieurs mois, des élections sont organisées au sein de la maison de retraite : on me prévient par courriel que j’ai été élue en tant que représentante des familles.
Mon objectif au CVS est de parler des sujets qui m’interrogent ou qui me posent problème afin qu’ils soient discutés ; j’imagine que des propositions pourraient ensuite être faites au CA, dans le but d’améliorer la vie au quotidien des résidents.
Lors de la première réunion du CVS, je réalise que nous sommes peu de représentants des familles.
Par contre, les représentants des résidents sont nombreux : ces représentants sont tous autonomes même si certains arrivent avec un fauteuil roulant ou avec un déambulateur, et ils sont tous en capacité de s’exprimer et de comprendre ce qui se dit, même si certains ont des soucis de surdité plus ou moins importants.
Je m’interroge : les sujets que je souhaite aborder concernent des problèmes rencontrés par des résidents semi-dépendants ou dépendants tout court, comme ma belle-mère.
Les résidents que j’ai en face de moi ne sont pas concernés par ces sujets-là… Comment vont-ils réagir ?
De plus, les représentants des familles ne se connaissent pas : je ne connais pas leurs attentes, leurs soucis avec leur personne âgée, les problèmes qu’ils rencontrent…
Comment les rencontrer, comment peuvent-ils nous contacter, pour ceux qui le souhaiteraient ?
Lors du premier CVS, j’interroge la directrice et la chef de service, qui sont toutes les deux présentes à chaque rencontre, sur le nombre de résidents qui ont voté, et sur le nombre de familles des résidents qui ont voté physiquement ou par courrier.
Ces chiffres nous donneraient une idée du nombre de personnes âgées suffisamment autonomes — ou intéressées — ainsi que cela nous aiderait à évaluer l’intérêt que les familles portent au CVS et plus largement aux conditions de vie de leur personne âgée dans l’EHPAD.
La directrice élude la question.
Je n’aurai jamais de réponse.
De même, je propose que les noms, les numéros de téléphone et les adresses mail figurent en bonne place dans l’entrée.
Les comptes rendus des CVS sont dans l’entrée mais dans un recoin et il faut bien les chercher si l’on souhaite les lire.
Des représentants des familles désapprouvent ma proposition : ils refusent d’être des interlocuteurs et craignent d’être pris à partie…
Je réitère alors ma proposition en mon nom seulement, en expliquant que cela permettrait de faire connaissance avec d’autres familles, et de connaître les besoins et problèmes rencontrés.
La directrice me répond :
« On ne va pas ajouter des problèmes aux problèmes ; si les familles des résidents ont des choses à dire, qu’elles le disent directement à la chef de service ou à la direction.
Par mail ou par le biais des fiches “incident ou événement indésirable” que l’on met à disposition dans l’entrée. »
Fin de l’échange.
Lors de ce premier CVS, la directrice insiste sur le fait que chacun doit parler au nom de tous, sans parler de son cas particulier.
Mais comment évoquer les problèmes des autres si on ne se connaît pas et si les familles n’ont pas accès aux représentants des familles ?
J’assisterai et je participerai à trois CVS en mettant à chaque fois les sujets qui me tiennent à cœur à l’ordre du jour.
Chaque sujet est abordé dans une atmosphère tendue et au cours du CVS qui a suivi la réunion houleuse avec la directrice, les sujets que j’ai souhaité mettre à l’ordre du jour ne sont pas notés… et mes propos rapportés ensuite dans le compte rendu de réunion sont le contraire de ce que j’ai exposé au CVS…
Au CVS suivant, devant mon étonnement et ma demande d’un rectificatif, la directrice explique alors que c’est elle qui rédige les comptes rendus alors que je pensais que c’était la secrétaire de séance.
« C’est vrai que la phrase est mal tournée » concédera la directrice alors que ce qui est écrit est le contraire de ce que j’ai exprimé…
Je n’ai pas pu voir ce dernier compte rendu corrigé — ou pas ? — le décès de ma belle-mère ayant eu lieu avant le prochain CVS programmé puis repoussé…
Je mettrai à l’ordre du jour les sujets suivants :
- l’accompagnement des personnes âgées dépendantes ou semi-dépendantes aux WC ;
- les médicaments ;
- le turn-over très important des AS ;
- la contention dans l’établissement.
Et je ferai des propositions comme une demande de visibilité plus importante des représentants des familles pour une meilleure communication ou bien une proposition d’aide-soignante référente afin de rassurer la personne âgée, de responsabiliser l’AS pour de petits gestes comme veiller au couvre-lit, à un oreiller confortable, à la mise des lunettes, de l’appareil dentaire et des appareils auditifs le matin, etc.
De même, une AS référente serait très utile pour les familles qui sauraient ainsi à qui s’adresser au lieu de devoir renouveler la demande à plusieurs personnes qui ne se sentent pas concernées, ou qui n’ont pas le temps, ou bien encore qui oublient… de rapporter le couvre-lit ou la couverture qui manque.
Mais ces propositions ne sont pas soutenues par les autres personnes élues au CVS et la directrice botte en touche…
Une autre proposition me paraît être du bon sens : les lunettes, les appareils auditifs et le brossage des dents chaque matin, y compris la pose du dentier : il a fallu répéter sans cesse, surtout pour l’appareil auditif qui soit n’était pas mis, soit mis dans l’oreille mais sans être fermé donc sans pouvoir fonctionner…
Nous avons tenté de simplifier au maximum la mise en place de cet appareil auditif, le second ayant été perdu très vite après l’arrivée de Georgette à l’EHPAD : c’est mon mari qui se charge du changement de la pile, et on laisse l’appareil fermé tout le temps même si cela use davantage de piles…
Mais même comme cela, l’appareil auditif a souvent été oublié ou mal positionné…
J’ai mis alors une affiche en demandant que les yeux, les oreilles et les dents ne soient pas oubliés chaque matin…
Quant au brossage des dents ? Nous l’avons fait les soirs où nous étions présents… le matin ??
En CVS, j’ai proposé une « routine » pour les AS « yeux, oreilles, dents », mais la directrice m’a objecté que les AS savaient cela par cœur depuis leur formation.
J’ai aussi relaté un épisode qui me semblait particulièrement important de signaler, à savoir une AS qui passait cinq minutes par personne âgée dépendante le soir pour le repas et le coucher : la directrice m’a écoutée mais a refusé de noter cet événement dans le compte rendu.
Moi, je pensais que les familles devaient être averties de tels comportements afin d’être davantage vigilantes.
J’ai vécu ces trois CVS comme une instance où les résidents présents pouvaient parler des sujets qui les intéressaient : les animations, et les repas.
La chef de service et la directrice étaient à leur écoute et les représentants des familles ne mettaient jamais rien à l’ordre du jour, comme si la vie au quotidien de leur personne âgée en EHPAD ne posait jamais aucun souci, aucun problème…
Cette courte participation au CVS de l’EHPAD a été décevante : je pensais participer au fonctionnement de l’établissement, apporter ma petite pierre pour l’amélioration de la vie au quotidien, et être un outil de dialogue entre les résidents, les familles et la direction en faisant des propositions.
Au lieu de cela, les sujets que je souhaitais aborder ont été à peine discutés et mes propositions ignorées.