C’était un dimanche matin. Le genre de matin lent, presque suspendu, où l’on laisse infuser le café un peu trop longtemps et où les notifications du téléphone paraissent plus intrusives qu’à l’accoutumée.
Mais ce matin-là, Thomas resta figé devant son écran.
Le premier message venait d’une femme, profil discret, aucune photo, juste un prénom : Claudine.
Bonjour, je vous ai vu dans un extrait d’émission l’autre jour. Je ne vous connais pas, mais ce que vous avez dit m’a bouleversée. Ce que vous avez vécu avec votre mère… c’est exactement ce que j’ai ressenti quand on a placé mon père.
Je n’ai jamais osé en parler. Vous l’avez fait pour nous tous. Merci.
Un second message, quelques minutes plus tard, d’un certain Julien M. :
Je suis aide-soignant dans un EHPAD du Nord. Ce que vous décrivez, je le vis chaque jour. La course, la solitude, l’impuissance. Merci de ne pas nous accuser, nous, les petites mains. On est nombreux à souffrir en silence. Si vous montez quelque chose, tenez-moi au courant. Vraiment.
Puis d’autres. Une mère seule. Une femme qui avait perdu sa sœur dans un établissement où personne n’avait répondu à ses questions. Un jeune homme, discret, qui n’osait plus rendre visite à son grand-père tant la honte de l’établissement lui était insupportable.
Thomas les lut un à un, les yeux brouillés.
Il ne répondit pas tout de suite. Il prit le temps d’écrire, à chacun, avec soin. Pas de réponses automatiques. Des mots justes. Des mots vrais. Parce qu’il savait maintenant ce qu’ils cherchaient : un écho à leur solitude. Une voix qui dise : vous n’êtes pas fous. Ce que vous ressentez est réel.
Il se leva, ouvrit son ordinateur, et inscrivit les premiers mots d’un manifeste.
Pas un cri de rage. Une promesse.
Une flamme qu’il ne laisserait plus s’éteindre.