Nos proches ont besoin de nous !

Chapitre 19 – Dans le bureau du député

La pièce était moderne, impersonnelle, avec des fauteuils gris trop neufs et une baie vitrée qui donnait sur un parking. Sur la table basse, un tas de dossiers, de notes techniques, de courriers citoyens. Parmi eux, celui de Thomas. Et c’était pour ça qu’il était là.

Le député entra à l’heure, costume bien taillé, sourire poli. Il s’assit face à lui.

— Monsieur… Thomas. C’est bien cela ? J’ai lu votre courrier. Vous parlez d’une situation grave… très grave, même.

Thomas hocha la tête. Il serra les mains sur ses genoux. Ce n’était pas un exercice naturel pour lui, ces entretiens officiels. Mais il en avait assez de crier dans le vide. Il fallait commencer quelque part.

— Ce n’est pas juste grave. C’est indigne. Et c’est partout. Pas seulement pour ma mère. C’est une génération entière qu’on parque, qu’on oublie, qu’on traite comme une charge. Et pendant ce temps, certains font de l’argent. Beaucoup.

Le député parut surpris par la frontalité du propos. Il ne l’interrompit pas.

— Je veux créer une association. Pour les familles, les résidents, les professionnels aussi. Je veux un espace de vigilance, de témoignages, de soutien juridique, d’action. Mais j’ai besoin d’aide. J’ai besoin d’être entendu. D’avoir accès aux bonnes personnes. Je ne veux pas faire une pétition de plus qui finira au fond d’une boîte mail. Je veux que ça pèse.

Silence. Le député croisa les bras. Il était manifestement touché, mais aussi prudent.

— Je comprends votre démarche. Et je ne vous promets pas des miracles. Mais ce que vous décrivez… je l’entends souvent. De plus en plus. Et ce n’est pas tenable. Dites-moi ce que vous attendez concrètement de moi, aujourd’hui.

Thomas le fixa, droit, sans détour.

— Je veux que vous m’ouvriez les bonnes portes. Je veux que mon association soit prise au sérieux dès le départ. Qu’on nous reçoive, qu’on nous écoute. Et je veux que vous soyez là, un jour, quand je prendrai la parole devant les familles.

Un temps. Le député se redressa, puis tendit la main.

— Vous avez du courage. Je vais voir ce que je peux faire.

Thomas serra cette main sans enthousiasme. Il savait qu’en politique, rien n’était acquis. Mais c’était une première brèche.

Et cette fois, il n’était plus seul à regarder la faille dans le système.

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